MARIVA se souvient

"Origial F"

FRAISES

de Castelldefels

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Ce récit parle de simples plaisirs de la bouche, des yeux et même du nez sans oublier le plaisir d'un esprit toujours curieux. 

Se nourrir est un impératif pour tout être sur terre; bien se nourrir est un désir pour rester en bonne santé et de bonne humeur, trop se nourrir ne convient qu'à ceux qui savent que la famine menace.

La vue d'un bon repas fait briller les yeux de plaisir, mais quand le plaisir est trop savoureux, trop copieux, il arrive que l'on n'arrive plus jusqu'à la fin et annonce avec un regard avide et malheureux un forfait en vue du dessert. Attendez donc la fin de l'histoire !

C'était à Pâques d'une année quelconque vers la fin du siècle dernier - même du dernier millénaire. Il arrivait dans une petite voiture banale, elle s'était posée à l'aéroport de Barcelone en matinée d'un Vendredi Saint, donc jour de fête en Espagne.

En ce temps-là on pouvait encore se rendre sans trop de difficultés aux sites touristiques avec son propre véhicule. Alors un pèlerinage à l'honneur de l'architecte catalan Antonio Gaudí (1852-1926) s'imposait. Tout d'abord une halte à la "Sagrada Familia" pour voir où en étaient les travaux de cette basilique, dont la construction avait commencé en 1882.

La bâtisse continuait à s'élever lentement car les cathédrales ne se font pas en un seul siècle. - - Près de 30 ans après l'action de ce récit, - l'ouvrage fut consacré par le pape Benoît XVI le 7 novembre 2010 bien avant l'aboutissement de ce chef-d'œuvre de Gaudi.

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Tour centrale toujours en construction en 2015.
« BmI wrZIQAAajHU » par MercureCrafteur — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons -

En mars 2015 on révèle que depuis 2001 le processus de construction s’appuie sur des imprimantes, afin d’avancer plus rapidement. L’impression 3D de modèles en plâtre devrait accélérer la réalisation de l'édifice, prévue d’ici à 2026, soit un siècle après la mort de son créateur. 

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« SF - Árbol de la Vida » par Canaan — Travail personnel. Sous licence GFDL via Wikimedia Commons - 

Quelques années auparavant et bien avant ce pèlerinage-là, elle avait déjà visité la basilique en construction avec ses enfants, - qui, rentrant de la plage - énonçaient fort irrespectueusement que l'édifice n'était que "des dégoulinades de châteaux de sable" !

Ensuite et à nouveau on allait voir cette impressionnante merveille d'un baroque moderniste, la "Casa Battlo" de 1906 dont on ne se lasse pas de contempler la façade de haut en bas et de bas en haut fait de pierre et de fer forgé, décorée d'éclats de verre et de céramique polychrome.

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Façade principale de la "Casa Batlló (1905-1907)",  œuvre d'Antoni Gaudí
« title="User:Amadalvarez">Amadalvarez</a> — <span class="int-own-work" lang="fr">
Travail personnel</span>. Sous licence//creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0">CC commons.wikimedia.org/wiki/">Wikimedia

Pour visiter toutes les traces laissées par GAUDI en héritage à la ville de Barcelone, il faudra prendre de longues vacances pour assimiler gaîté et bonheur qu'elles transmettent.

Alors terminons cet hommage par une promenade au Parc Güell (1900 à 1914), où Gaudi a été un des premiers à utiliser la méthode de couvrir des surfaces courbées et irrégulières par des éclats de céramiques. Disons donc Bonjour et Au Revoir au Dragon, gardien fidèle du parc !!!

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la fontaine dragon de Gaudí placée à l'entrée du Park Güell

Alex Proimos from Sydney, Australia

Ensuite entre le Quartier Gothique et la Place Royale quelques tapas et un verre de rouge de Tarragone. L'après-midi sera réservé à la "Fondation Joan Miro".

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« Fundació Joan Miro outdoors view » par Kippelboy — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Common

Elle avait toujours préféré Juan Miro à l'autre grand espagnol Picasso; - Miro emploie des couleurs ensoleillées et donne ainsi au contemplateur des idées joyeuses. - Comme elle n'aime ni les beaux calendriers aux œuvres d'art ni les reproductions, des années plus tard elle demanderait au jeune Tibor de cacher dans son sac à dos une belle pierre du "Labyrinthe de Miro" à La Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence pour avoir "son original à elle" à la maison.

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Depuis 1975 la "Fondation Joan Miro" conserve et diffuse surtout la collection de son fondateur. - Mais ELLE ira de nouveau y admirer des œuvres d'Alexander Calder, qu'elle avait connu 1959 dans les Côtes-d'Armor comme le gentil grand-père, qui dans une mobilité stabile faisait sauter des crêpes aux jeunes qui lui avaient rendu visite depuis Paris. - Dès l'entrée du musée on voit son stabile à quatre ailes.

Si l'on est consciencieux, on peut y voir aussi Rothko, Marcel Duchamp, Antonio Saura, André Masson, Yves Tanguy, Henri Goetz, Max Ernst, Balthus et d'autres. - Cette fois-ci elle les remarquera à peine et fera surtout un grand détour du travail de Fernand Léger; - ses bleus, gris, bruns, son jaune si pâle, même son rouge sans aucune gaieté, et surtout son noir si triste lui donnent un cafard profond.

Après ces multiples plaisirs des yeux il fallait penser au repos et chercher un toit dans la grande banlieue de Barcelone, alors vers l'ouest et à quelques kilomètres se trouve Castelldefels avec sa plage accueillante.

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A la suite d'une inspection le long du boulevard de la plage un petit hôtel*** voulait bien donner le gîte contre monnaie sonnante. - Un brin de toilette puis dans cette même auberge le diner semblable à un repas de cantine, mais après une longue journée, les pieds n'espéraient plus que la position horizontale.

Une longue et grasse matinée joyeuse se terminait par un petit déjeuner minable, puis une balade sur le sable bordé de petites vagues. Un soleil timide essayait de donner de la bonne humeur aux nombreux promeneurs. Elle, fille du Nord, portait un pantalon en lin et un T-shirt bleu marine à bras nus; pourtant de nombreuses dames catalanes sortaient encore leurs manteaux de fourrure en ce samedi de Pâques.

Au bout d'un petit marché méditerranéen aux couleurs d'agrumes et odeur de poisson étaient proposés des cherimoyas andalous qu'elle voulait faire gouter à son compagnon. Un couteau et une petite cuillère s'imposaient pour la dégustation, on les cherchait dans la voiture et s'asseyait sur un muret pour enfin calmer avec ces fruits à la consistance et au gout de pudding la petite faim restée du matin.

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Anone » par Antheore — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

En voiture on prenait la route "toujours vers l'Ouest" en longeant pendant plus d'une heure la "Costa Dorada" jusqu'à Tarragone où la cathédrale saluait de loin et un petit restaurant au bord de la plage s'imposait pour se gaver de bocadillos et de tapas en guise de déjeuner.

Ensuite et pour une raison inconnue la voiture roulait enCentrale nucleaire b 750287 400 267 0 ffffff wm 6794e406

L'inspection des plages vers l'Ouest continuait encore pendant une quarantaine de kilomètres. On apercevait alors directement en bord de mer la centrale nucléaire de Vandellòs à l'Hospitalet de l'Infant. - Au siècle dernier il était peut-être réconfortant que l'énergie devint de moins en moins chère, mais directement sur la plage cela ne rassurait guère. 

Alors demi-tour en prenant des petits chemins à travers la campagne!

Vers vingt heures peu avant le retour à Casteldefels du côté d'un grand parking pour de gros camions, la découverte d'un sympathique restaurant routier donnait l'occasion d'apprécier une paëlla sublime pour terminer la journée.

Le lendemain - dimanche de Pâques - une excursion culturelle et spirituelle était prévue vers l'Abbaye bénédictine Santa Maria de Montserrat distante d'une soixantaine de kilomètres. - Le départ était donné en fin de matinée. En route on trouvait une "Panaderia", qui avait disposé devant sa boutique trois petites tables et six chaises pour les touristes de passage. Un "café con leche", du "pan con tomate", de la "tortilla española" aux pommes de terre, puis en guise dessert un gâteau catalan roulé aux fruits confits à l'odeur de rhum.

Une route sinueuse, une succession interminable de virages devait nous faire monter jusqu'au monastère et à la basilique. - L'impression d'être à contresens s'installait très vite; -  étions nous partis trop tard ? - est-ce qu'une grande manifestation de Pâques avait été programmée dès l'aube ? - il nous semblait d'être la seule voiture qui tachait de monter, et plus on montait, plus on rentrait à l'intérieur d'une épaisse brume nuageuse en coton épais -. - En face une longue file de véhicules sortant du brouillard semblait fuir un dangereux moloch installé au sommet. 

la carte postale du Montserrat

Montserrat

Avec une peur au ventre on arrivait là où devait être le terminus. - Il n'y avait pas d'âme qui vive au milieu de cette nuée antédiluvienne. - Le moteur enfin à l'arrêt, un silence d'avant la création du monde nous envahissait. - Aucune envie de faire la visite en bon touriste. - Puis un petit vent se levait et excitait les nuages. Une seule idée : échapper à ce spectacle chaotique de brouillards bouillonnants et redescendre dans un monde meilleur.

Echappé au Crépuscule des Dieux wagnérien et descendu au niveau de la mer où le soir était déjà tombé sans faire le moindre bruit, l'esprit avait enfin retrouvé sa quiétude mais le corps criait famine. La recherche d'une auberge agréable s'avérait difficile. Le long de la plage à part quelques bars à tapas et des pizzerias au fromage gluant rien de convenable se montrait, alors dans les petites ruelles l'impression s'imposait que l'on avait déjà remonté nuitamment les trottoirs pour dissuader toute approche, - même pas un chien errant en vue !    

Dans le noir d'un petit passage une lueur rouge à explorer

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Une petite maison se montre devant nous
avec l'enseigne

"Gallo rojo"

Allons voir si jamais ce "Coq rouge" aura un repas à nous proposer; - une ancienne porte en bois noirci encore à franchir.

La galanterie veut généralement que les hommes laissent passer les dames, mais ils existent quelques exceptions. Lorsque l'on est en couples, il est d'usage que l'homme entre en premier dans un restaurant, cinéma, ou autres lieux publics. Cette précaution date de quelques siècles déjà, où l’on vérifiait la sûreté des lieux avant d’y faire pénétrer une dame. Aujourd’hui, cette pratique s’explique davantage par la volonté d’éviter que la femme attire l’attention (et les regards) à son entrée.

Mais la porte se refusait lourdement à l'ouverture, il devait la tenir avec son dos pour qu'elle puisse franchir le seuil. Là elle avait un brusque recul en disant: NON NON - vraiment pas - on voulait juste manger !

A travers le passage elle voyait un tableau allégorique: devant un grand feu flamboyant dans une cheminé baroque était couchée entre deux lévriers à robe longue et soyeuse de couleur doré une créature d'une beauté fascinante dans une tenue splendide.

La créature délicieuse et fascinante se levait avec grâce et répondait d'une voix mélodieuse : "Comedor - si si -  está bueno - si si"  - puis vers le fond de la salle : Mama !!!! tenemos invitados.

Pendant que lui, qui était le préposé à la langue espagnole, essayait de comprendre et de traduire, du fond de la salle arrivait une "Mama" rassurante par sa petite taille ronde et les conduisait avec un grand sourire vers une jolie table à chandelier dont elle allumait aussitôt les quatre bougies.

Deux verres de sangria arrivaient sur la table, - il n'y avait pas de carte : " no - una sorpresa". - On avait faim et on était amoureux, - alors on se laissait servir par la créature délicieuse et son sourire encourageant.

D'abord des plateaux de tapas et de boccadillos, - puis de l"ensalada mixta" bien trop copieux et une carafe de bon vin rouge.

On mangeait lentement en savourant, - les côtes d'agneau étaient un plaisir divin à déguster avec bonheur; - un peu de repos alors avec un petit verre d'un excellent brandy espagnol.

Ce bienêtre gastronomique devait arriver à sa fin, et la splendide aubergiste apportait deux immenses coupes de fraises magnifiques.

Là était pour ELLE l'instant cruel de savoir qu'il lui serait impossible de déguster seulement un de ces superbes fruits tentants. - Le plaisir préalable du palais avait été trop savoureux, et surtout trop copieux; son regard passionné sur ces fruits d'un rouge sublime devait avouer avec tristesse et regret éternelle l'incapacité d'avaler encore la moindre bouchée ce soir-là.

ALORS

chaque fois qu'à l'avenir ce malheur arrivera en fin de repas, le dessert sera appelé les 

FRAISES

de Castelldefels

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